PARCOURS ET PALMARES PARCOURS : En 1967, à 21 ans, je décidai de m'initier au Karaté. Résidant alors à Neuilly-sur-Seine, je me rendis à la maison des jeunes ou j'étais informé de l'existence d'un enseignement de Karaté. C'est ainsi que je débutai la pratique de l'école KYOKUSHINKAI connue pour son réalisme et sa dureté ( le maître en était Mas OYAMA, réputé notamment pour avoir abattu des taureaux d'un seul coup de poing porté au front de l'animal ) sous la direction d'Alain SETROUK. Celui-ci était alors auréolé du titre de champion de France. Les cours étaient rigoureux, astreignants physiquement et les combats assez proches de la réalité. Au rythme d'un entraînement quotidien, y compris les dimanches, de stages d'hiver en montagne et d'été à la mer pendant les vacances universitaires, je progressais rapidement. Au terme de deux années d'entraînement j'obtins le grade de premier dan (Shodan ) de la fédération française de Judo et d'arts martiaux assimilés (c'est ainsi qu'elle s'appelait à l'époque, le Karaté figurant parmi les disciplines assimilées). Ce grade, toutefois, je ne le décrochais pas par la voie habituelle des examens (épreuves techniques et combats), mais par mes succès en compétitions. Tout d'abord, la partie technique grâce à une victoire à la coupe FUNAKOSHI, première du genre, composée d'une phase de qualification en combats (kumite) et d'une phase finale où les quatre meilleurs combattants se départageaient par des épreuves de kata (il est d'ailleurs regrettable que cette formule n'ait pas perduré car elle permet de sélectionner des karatékas équilibrés. Or c'est le choix des tournois spécialisés qui a prévalu. D'un côté, les compétitions " combat " qui mettent l'accent sur les touches -marquer des points- au détriment de la technique et, de l'autre, les championnats de katas où l'on tente d'exceller dans la chorégraphie, exercice spectaculaire mais dénué de fond martial. La partie combat, ensuite, je l'acquis automatiquement en remportant la coupe de la Région de l'Ile de France toutes catégories. Et, deux ans plus tard, je fus vice-champion de l'Ile de France dans la catégorie des poids légers (les distinctions de poids venaient d'être introduites). Entre-temps, je gagnais le Championnat de France universitaire par équipe. Bien que très modeste, mon palmarès sportif m'ouvrit les portes de l'équipe de France des espoirs. J'eus ainsi le plaisir de suivre des entraînements à l'Institut National du Sport avec les " grands " du Karaté français de l'époque: Dominique VALERA, Guy SAUVIN, Gilbert GRUSS, etc… et de participer au stade de Coubertin à la première rencontre France-Japon…remportée par la France. Titulaire d'un brevet d'Etat délivré par le Ministère de la Jeunesse et des Sports, j'enseignais dans les MJC de Suresnes et de Sèvres ainsi qu'à l'université de Nanterre et celle de Dauphine. Si l'aspect sportif du Karaté m'intéressait, je compris cependant que cela ne pouvait en être le but principal. C'est pourquoi, parallèlement à une pratique sportive telle que la Fédération le préconisait, je m'investissais dans l'esprit plus martial du KYOKUSHINKAI. Je fis alors une rencontre déterminante. En effet, le siège européen du KYOKUSHINKAI se trouvant à Amsterdam, je m'y rendis pour suivre des stages et j'eus la chance d'avoir été accepté par Sensei Jan KALLENBACH (4ème dan en 1970). Il me prit sous sa coupe et m'expliqua l'essence du KYOKUSHINKAI, tel qu'il l'apprit à Tokyo sous la direction de Maître Mas OYAMA. Déjà Shodan au titre de la Fédération française de Karaté, je dus néanmoins subir un examen pour accéder au même grade en KYOKUSHINKAI. Je m'aperçus alors du fossé qui sépare le sport de l'esprit " budo ". Qu'on en juge. Pour la technique, je dus accomplir tous les exercices (kihon) sur place et en déplacement, suivis, sans période de repos, de l'exécution de tous les katas de base jusqu'à deux katas supérieurs. Ensuite dix minutes de travail purement physique (tractions, abdominaux etc.) avant de procéder à une épreuve de casse de planches (tameshiwari). Après la phase technique, déjà éreintante, les combats. C'est là que le KYOKUSHINKAI se démarque des autres écoles de Karaté. Il ne s'agit pas de marquer des points mais de tenter de mettre hors de combat l'adversaire. La règle est simple. A l'exception des coups de poing au visage qui sont strictement interdits, les attaques doivent être réellement portées. D'une durée de trois minutes, le combat peut s'achever avant si l'un des protagonistes abandonne. Pour passer Shodan, il faut affronter dix adversaires successivement et sans répit. L'épreuve peut donc durer jusqu'à trente minutes. Et, pour augmenter l'enjeu, est directement promu au grade supérieur, sans passer par toutes les phases décrites ci-dessus, celui qui met hors de combat l'examiné. Cela est, on s'en doute, propre à singulièrement pimenter l'examen. Si j'étais satisfait de réussir mon passage de grade, mon corps était cependant brisé pendant plus de deux semaines. Pourtant, la violence du KYOKUSHINKAI me posait problème dans la mesure où la taille et la force physique, il faut l'admettre, jouent un rôle prépondérant. Cela n'est-il donc pas contradictoire avec le principe fondamental des arts martiaux orientaux selon lequel le faible peut défaire le fort, la souplesse du roseau l'emporter sur la solidité du chêne? En outre, les capacités physiques de tout un chacun étant limitées, le corps humain déclinant inéluctablement avec l'âge, comment suivre la voie indiquée par le fondateur du Karaté, Maître FUNAKOSHI, qui suggérait de s'entraîner jusqu'à son dernier souffle? Ma rencontre avec Sensei Jan KALLENBACH fut de ce point de vue essentielle. Tout en m'imprégnant à ses côtés de techniques et de l'esprit du KYOKUSHINKAI, je remarquais cependant sa façon curieuse d'exécuter certains mouvements et de se mouvoir au combat. Malgré sa haute taille (environ 2 mètres) et une force musculaire hors du commun, émanaient de lui une souplesse et une fluidité qui confinaient à de la douceur. Douceur apparente; car l'homme était d'une redoutable efficacité. Il soulignait toujours qu'il fallait aborder un combat comme un jeu sans agressivité inutile. Je lui faisais donc part de mes observations qui restèrent sans réponse. Puis, un jour, au terme d'une longue discussion, il me révéla qu'il pratiquait parallèlement au Karaté, le TAI KI KEN (appellation japonaise du YI QUAN chinois). Il m'indiqua qu'il apprit le TAI KI KEN avec Maître SAWAI à Tokyo qui l'enseigna également à MAS OYAMA. Il me raconta sa rencontre avec Maître SAWAI et les entraînements très tôt le matin (5h00) dans un jardin public. De petite taille et déjà relativement âgé, Maître SAWAI était cependant, selon Jan KALLENBACH, intouchable. Les deux ensemble, c'étaient David et Goliath... Alors qu'il aurait pu se contenter de la pure force physique compte tenu de son exceptionnelle morphologie, Jan KALLENBACH fut convaincu par cet art interne et son fondateur et se mit, dès lors, à l'étudier sérieusement. Il en est aujourd'hui l'un des plus grands promoteurs. Cette histoire fut, pour moi, comme un choc. Mais je me disais que, si Jan KALLENBACH avait compris qu'il devait suivre la voie du TAI KI KEN, a fortiori devais-je le faire. Or le chemin était long et difficile à parcourir. Aux explications théoriques qui m'étaient difficilement accessibles, Sensei KALLENBACH alliait l'enseignement de quelques techniques de base que je trouvais déroutantes. J'aurais pu, à vrai dire, abandonner tant le bouleversement était grand. Heureusement que la grande confiance, que je lui vouais, m'aida à continuer sans même comprendre le travail qu'il me prescrivit. Très attentif à mon égard, Jan KALLENBACH demanda à Sensei SATO, le dauphin dans ces années 70 de Maître SAWAI, de venir en France pour me dispenser un enseignement personnalisé. Sensei SATO est un gentilhomme dans le sens classique du terme. Universitaire, historien, champion du monde KYOKUSHINKAI, il s'adonnait exclusivement, au moment où je fis sa connaissance en 1973, au TAI KI KEN aux côtés de Maître SAWAI. A la mort de ce dernier à l'âge de 85 ans, il devint tout naturellement son successeur. Il assure, depuis, la pérennité de cette école au Japon. Nous passâmes ensemble deux mois à Neuilly. Il m'entraîna chaque jour au Bois de Boulogne. Cette période me fut très bénéfique. J'enregistrais les techniques de base et commençais à absorber les rudiments de l'esprit "interne" par opposition à la branche "externe" des arts martiaux. Fort d'éléments de base du TAI KI KEN que je pratiquais parallèlement au Karaté KYOKUSHINKAI, je quittai la France, en 1975, pour rejoindre mon premier poste diplomatique comme secrétaire d'ambassade près l'Ambassade de France au Laos. Arrivé à Vientiane, je me mis immédiatement à la recherche d'un maître pour approfondir ma formation martiale. Ce ne fut pas chose facile. J'étais en effet dans un monde asiatique. Certes, des écoles ayant pignon sur rue étaient accessibles mais l'enseignement qui y était dispensé ne me semblait pas à la hauteur de mes espérances. J'éprouvais alors le sentiment de chercher l'introuvable. Jusqu'au jour où l'un de mes amis laotiens m'orienta vers le meilleur restaurant chinois de la ville (le TAN DAO VIEN), me précisant que le chef cuisinier était aussi un maître de boxe chinoise. De ce jour, je devins un client assidu du restaurant. Le personnel commençait à me connaître et à m'apprécier, ce qui m'encouragea un soir à demander de rencontrer le chef afin de le féliciter pour le délicieux porc laqué qui faisait la réputation de l'établissement. Vint alors à ma table, en fin de soirée, un homme âgé (environ 70 ans), petit de taille (à peine 1m60), maigre, ses jambes flottaient en effet dans une culotte courte. Hormis le faitqu'il se tenait droit comme un "i", attitude surprenante pour une personne de cet âge, et qu'il marchait avec décontraction et nonchalance, rien n'indiquait qu'il pût être un expert d'arts martiaux. Nous fîmes connaissance et rapidement il me gâtait de ses spécialités. Après deux mois de relations amicales, la confiance semblant établie, je lui disais innocemment que certains prétendaient qu'il enseignait la boxe à un petit groupe d'adeptes. S'il acquiesça, il ajouta que sa compétence était si insignifiante qu'elle était tout juste bonne à satisfaire quelques ignares. Il n'avait donc rien à apprendre à un Karatéka expérimenté comme moi. L'ironie de ses propos ne m'échappait point. Je les inscrivais dans la rivalité ancestrale entre la Chine et le Japon qui a été si bien vulgarisée, avec humour, par les films de Bruce Lee. Avec les Chinois, je le savais, il faut s'armer de patience. Je le fus suffisamment, puisqu'un soir, après un délicieux dîner et entre deux tasses de thé au jasmin, le chef me dit soudainement:"demain matin à 6 h 00 à mon domicile." C'est ainsi que je commençais à suivre l'enseignement de Maître NGE, ressortissant de la province de GUANGZHOU (Canton) qui fuya la Chine au lendemain de la prise du pouvoir par MAO ZE DONG. Il se réfugia d'abord au Vietnam avant de s'établir définitivement au Laos. Il m'enseignait la boxe bouddhique des trois étoiles (FO JIA SAN XING QUAN). Ce fut, pour moi, une période enrichissante sur le plan technique dont je conserve encore l'empreinte. Mais je n'avais jamais autant souffert que lors de ces séances matinales. En effet, cette boxe se caractérise notamment par "les bras de fer" et "les mains de feu". Mon maître, si maigre fût-il, avait en fait des bras d'aciers. Chaque contact était douloureux et éprouvant. Le travail de durcissement des bras qu'il m'imposait était difficilement supportable. Il arrivait que des larmes coulaient irrépressiblement de mes yeux. Par pudeur, j'évitais le regard du maître qui, bien entendu, feignait d'ignorer mon état de faiblesse. La douleur était si intense que, la nuit, j'avais le sentiment que mes os étaient rongés de l'intérieur par une multitude de fourmis, perturbant naturellement mon sommeil. Pour soulager ma peine, Maître NGE exhiba un jour d'une armoire un bocal rempli d'un liquide brunâtre dans lequel baignaient diverses racines et un serpent. Et, depuis, il enduisit tous les jours mes avant-bras de cette curieuse décoction dotée, me disait-il, d'une vertu apaisante. En définitive, il me fallut une année d'entraînement quotidien pour être en mesure de supporter sans broncher les coups qu'il m'assenait! Quant aux "mains de feu", il m'en dissuada au motif que j'étais un intellectuel (à ses yeux, un diplomate même occidental ne pouvait être qu'un mandarin...) et qu'il fallait donc préserver mes mains. Il reste que ses démonstrations étaient convaincantes. Il pouvait frapper de ses doigts un arbre en en retirant l'écorce! Avec Maître NGE, je me familiarisais par ailleurs avec la méthode chinoise d'enseignement. Alors que les Japonais ont spécialisé à outrance, cloisonnant les disciplines comme le Judo, l'Aïkido, le Karaté, le Kendo, le Kobudo etc..., les Chinois, quant à eux, adoptent une démarche globale qui peut paraître déconcertante pour un esprit cartésien. Déconcertante, car l'absence de logique apparente passe parfois pour de la confusion. Mais, dans la durée, on s'aperçoit que l'approche chinoise est cohérente et efficace. Un jour, il me demanda de manier deux sabres à la fois ( un long et un court). Or, à ma grande surprise, je constatais que je m'en sortais sans trop de difficultés. De même, il me mit entre les mains un bâton long. Dans une école japonaise, cela aurait donné lieu à une spécialisation comme le Kendo, le Iaido ou le Kobudo. Or, par une pratique assidue de la boxe chinoise, je m'initiais, sans le savoir, à l'usage des armes blanches et des bâtons, ceux-ci n'étant que le prolongement des bras. En chinois, c'est le WU SHU (littéralement, "technique des armes"). Arrivé à Vientiane en décembre 1975, je quittai le Laos en juin 1977 pour occuper à Paris un poste au Quai d'Orsay. Je me remis alors à enseigner le KYOKUSHINKAI tout en poursuivant un entraînement personnel composé de TAI KI KEN et de boxe chinoise. En 1980, je fus nommé conseiller culturel et scientifique au Consulat Général de France à HongKong. A la porte de la Chine, au temple de la production cinématographique de KUNG FU, ma résolution était grande de poursuivre ma quête dans le domaine des arts martiaux. Mais, si j'y rencontrais nombre d'experts avec lesquels je m'entraînais, je n'y fis pas de rencontres bouleversantes. A vrai dire, les arts martiaux étaient essentiellement mis au service du cinéma, en particulier des compagnies SHAW Brothers et Raymond CHOW. Cette dernière lança le phénomène Bruce LEE. J'eus le plaisir d'en visiter les studios et d'assister à des scènes de tournage. C'était le moment où Jacky CHEN commençait sa fulgurante carrière. Pour la petite histoire, une compagnie indépendante me proposa de tourner un film...., activité évidemment incompatible avec mon métier de diplomate. Ainsi, hors du cinéma, point de salut pour ce qui est d'une pratique sérieuse des arts martiaux. Je suivis tout de même l'enseignement d'un jeune expert en boxe SHAO LIN du nord. Il était un récent transfuge de Pékin. Fasciné par les lumières capitalistes de Hong Kong, il devint vite un homme d'affaires et abandonna malheureusement les arts martiaux. Je m'initiais ensuite au WING CHUAN, boxe pratiquée puis développée par Bruce LEE. J'enseignais aussi le "kick boxing" à la demande d'un groupe de jeune hongkongais, que la presse locale, curieuse de voir un diplomate français féru d'arts martiaux, appelait boxe française... En revanche, lorsqu'en 1984, je fus affecté à Pékin comme conseiller culturel, des perspectives nouvelles s'ouvrirent à moi. D'emblée, je découvris le monde extraordinaire des parcs chinois. Au petit matin, l'on s'y adonne au TAI JI QUAN, à diverses formes de boxe, au QI GONG, au chant d'opéra, à la musique traditionnelle, à la contemplation des oiseaux en cages, etc... Tout ce petit monde s'exerce tranquillement dans une atmosphère bon enfant, que cela soit dans le grand froid hivernal ou dans la chaleur torride de l'été. Mon étonnement tenait à la simplicité qui entourait toutes ces activités, contrastant avec les salles en France remplies de matériels et d'équipements devenus, au fil des ans, indispensables à tout entraînement. Quel étonnement aussi de voir des hommes, des femmes pratiquer en tenue de ville puis enfourcher leurs bicyclettes pour aller au travail. Mélange harmonieux de végétaux, de roches et de pans d'eau, des parcs chinois émanent une atmosphère typique procurant au travail physique une dimension impalpable. Lieux sans doute propices à l'osmose entre l'homme et la nature qui est le principe de base de la pensée chinoise. Ce fut dans un tel environnement que je m'initiais, pour la première fois et réellement, au TAI JI QUAN avec un maître auprès duquel je fus recommandé par mon professeur de calligraphie chinoise (Maître YU QI LONG). LAO WANG, âgé de 72 ans, était un Chinois du nord. IL en avait l'aspect physique. Relativement grand (plus d'1 m75), il se déplaçait un peu à la manière d'un ours, souple, lourdaud et puissant. Bon vivant, il aimait manger, déguster les vins forts chinois et ne refusait pas la cigarette Sa ligne n'était pas visiblement sa préoccupation première. Robuste, d'une santé de fer, il avait surtout développé le QI, une énergie dont il faisait profiter ses élèves dans les exercices de poussées de mains (TUI SHOU) ou dans les combats libres. Il se plaisait notamment à avancer, un bras tendu devant lui, poing fermé, vers son adversaire qui n'avait aucun moyen de détourner cet éperon humain. Bien qu'ayant un peu d'embonpoint, étant donné son genre de vie, il était solidement planté sur ses jambes et donnait l'impression d'être enraciné dans la terre. La dureté et la souplesse à la fois de son ventre, qu'il ne dédaignait pas de montrer, témoignaient de la possession du QI. Maître WANG m'enseigna d'abord le Taolu (enchaînement de mouvements) de l'école WU plus facile à aborder pour le néophyte que j'étais, et ce, pendant une année. Il m'apprit ensuite le Taolu complet de la famille YANG . Plus de cent mouvements pour l'exécution desquels il faut 30 minutes. Fort de cet instrument complet qu'est le taolu, il me restait à m'exercer quotidiennement. Ainsi, j'expérimentais le plaisir rare de m'entraîner dans la rigueur du froid hivernal (parfois jusqu'à -15°), vêtu simplement d'un épais survêtement, d'un bonnet et de gants de laine. Des conditions climatiques aussi rigoureuses renforcent le mental et font indéniablement partie des difficultés de 'entraînement. Je me souviens encore des efforts que je dus consentir pour me lever à 5h45 , sachant que je devais peu après affronter la nature gelée. Mais, je dois dire que, dix minutes après le commencement du taolu, je commençais à ressentir une bienfaisante chaleur qui gagnait l'ensemble du corps jusqu'au bout des doigts. Ce sont les premiers pas qui coûtent. La caractéristique du TAI JI QUAN réside dans le dégagement d'une énergie intérieure, véritable foyer qui chauffe le corps en hiver et qui se traduit par une grande suée en été. Tout mon séjour chinois, de 1984 à 1989, fut entièrement consacré, sous la direction bienveillante de LAO WANG , à l'étude de ce remarquable art interne qu'est le TAI JI QUAN. Cet art, en vérité, m'a transformé. Il m'a permis d'acquérir une vision cohérente des arts martiaux que je me propose d'exposer avec modestie et humilité dans un ouvrage. Modeste, car conscient de l'immensité des connaissances et des sensations qui me restent à découvrir. Humilité, car la voie du budo (voie du guerrier en japonais, Wudao en chinois) rend humble tant elle est difficile à suivre jusqu'à son terme. Après mon départ de Chine, je m'entraînais seul en France, m'efforçant d'approfondir, de digérer les riches enseignements reçus de mon long séjour en Asie. En 1992, nommé Consul Général à Osaka (Japon), je me réjouissais fort dans la perspective de retrouver Sensei SATO qui vivait dans les alentours de Tokyo. Mon projet malheureusement avorta car ma mission au Japon fut de courte durée, puisque je dus rentrer en 1993 à Paris pour occuper un poste dans un cabinet ministériel. La rencontre avec Sensei SATO, qui était pourtant programmée, fut à mon coeur défendant annulée. Quant à Osaka même, en dépit du fait que l'association d'amitié franco-japonaise était alors présidée par un maître de l'école WADO RYU, M. Seiji OGASAHARA, devenu depuis un ami, je n'ai eu ni le temps, ni l'occasion d'apprendre quoique ce soit de fondamental pour ce qui me concerne. En revanche, je pus observer plus particulièrement le Sumo qui jouit d'un prestige suprême au Japon. Cet art est en effet dépositaire des traditions profondes japonaises sur fond de SHINTOÏSME. Le Sumo, aux yeux des Japonais, renvoie donc à la mythologie japonaise, d'où les extrêmes égards, voire le mysticisme dont il est entouré. Il reste que, sur le plan plus prosaïque du combat, il est frappant de constater que les techniques employées sont celles notamment développées dans le TAI JI QUAN par l'exercice de "poussée des mains" appelé TUI SHOU. Mais, évidemment, la taille gigantesque des Sumotori donne aux assauts une dimension subliminale. A l'issue d'un intermède en France, puis aux Etats-Unis, ma nomination comme Ambassadeur de France en 1999 a constitué pour moi, du point de vue des arts martiaux, une nouvelle étape. Dans ce pays enclavé au sein de 'Afrique de l'Ouest, les arts martiaux dans leur ensemble, sauf le Judo qui, en raison de sa qualité de sport olympique, recueille l'attention du Ministère des Sports, sont les parents pauvres du sport en général. En effet, l'enclavement géographique, et le manque cruel de moyens permettent difficilement d'entretenir des relations avec le monde extérieur et en particulier d'inviter Maîtres et experts dans des disciplines comme le Karaté, le Tai Kwando, le Kung Fu et le Viet Vo Dao. Apprenant que je pratiquais le TAI JI QUAN mais ne sachant pas ce que c'était, le Directeur Technique National de Karaté burkinabé m'approcha et insista pour que je lui en donne quelques rudiments. Ne voulant pas assumer une responsabilité d'enseignant, je résistais à ses sollicitations pendant une bonne année jusqu'au jour où, de guerre lasse, j'acceptais de faire un essai, pensant qu'il allait abandonner rapidement. Avec un de ses amis, tous deux respectivement deuxième et troisième dan SHOTOKAN, je lui inculquais le taolu et des éléments du Tui Shou. Conquis par l'expérience, non seulement il fit l'effort de poursuivre l'entraînement mais m'incita à donner un cours hebdomadaire, le dimanche matin, à un groupe de ceintures noires venant d'écoles différentes afin d'insuffler un élan aux arts martiaux dans son pays. C'était finalement une bonne chose. Bien sûr, il y eut beaucoup d'abandons mais un groupe d'une vingtaine de pratiquants venant d'horizons aussi divers comme le Karaté, le Tai Kwando, le Judo, le Kung-Fu et le Vietvodao m'était resté fidèle, trouvant dans le TAI JI QUAN l'ouverture qu'il voulait confusément. D'autre part, j'eus le plaisir et la surprise de retrouver à Ouagadougou Guy SAUVIN, capitaine de l'équipe de France de Karaté dans la décennie 70, directeur technique national à la Fédération Française de Karaté et qui m'avait sélectionné dans l'équipe des espoirs au vu de mes résultats en compétition, il y avait de cela presque trente année! Il m'exposait alors sa nouvelle entreprise: sauver les éléphants à Boromo! (environ 200 km au sud de la capitale burkinabé). Il avait à cette fin renoncé à toutes ses fonctions dans le domaine de Karaté en France, soulignant que l'évolution exclusivement sportive de la discipline le mettait en porte à faux par rapport à sa vision des arts martiaux marquée par le Bushido (la voie du guerrier). Nous eûmes ensemble de longues discussions sur ce sujet qui constitue, pour nous deux, une passion commune. Bien que son engagement en faveur des éléphants revêtît à plus d'un titre une démarche de samouraï, je l'encourageais progressivement à reprendre ses activités martiales dans une approche fondée sur les arts internes. Il pourrait ainsi apporter à un nombre de Karatékas en France des perspectives nouvelles et enrichissantes. C'est finalement ce qu'il fait dans le cadre de la Fédération européenne de Karatéka, qui se fixe pour objectif d'offrir des stages de haut niveau pluridisciplinaires dans un esprit oeucuménique en associant le travail physique à la réflexion intellectuelle sinon philosophique. PALMARES ET PROFIL MARTIAL : 1967: débute le karaté kyokushinkai sous la direction d'Alain Sétrouk 1969 : vainqueur de la coupe Funabashi ( combats et katas ) 1970 : vainqueur de la coupe de l'Ile de France ( toutes catégories ) Brevet d' État 1971 : vice-champion de l'Ile de France ( poids légers ) 1971 : Champion de France universitaire par équipe 1972 : finaliste de la coupe internationale de Paris de katas 1973 : après avoir été initié par J. Kallenbach au tai ki ken , reçoit l'enseignement de Sato sensé 1970 à 1975 : enseigne le karaté kyokushinkai aux MJC de Suresnes , de Sèvres et aux universités de Nanterre et Dauphine 1975 : pratique la boxe des Trois étoiles bouddhiques ( style shaolin du sud ) sous la direction de Maître Nge à Vientiane ( Laos ) et découvre la boxe thai 1977 : retour en France et reprend l'enseignement du karaté kyokushinkai 1980 : s'initie à Hongkong au shaolin quan du nord, au wing quan et pratique le kick bing 1984 : pratique le tai ji quan ( écoles wu et yang ) sous la direction de Maître Wang 1989 : retour en France 1992 : rencontre Maître Kenji Ogasawara ( karaté wado ryu ) à Osaka ( Japon ) 1993 : retour en France 1995 à 1999 : développe à Boston ( Etats Unis )le tai ji martial 1999 à 2003 : enseigne le tai ji martial à des gradés de diverses disciplines à Ouagadougou ( Burkina Faso ) 2003 : retour en France et participe aux activités de la FEKAMT
PREAMBULE Après des débuts prometteurs en compétitions, au début des années 70,tant en kata qu'en combats,qui me valurent l'honneur de figurer parmi les Espoirs Français, je quittais la France pour des raisons professionnelles. Mon métier de diplomate m'avait permis de vivre au Laos, à Hong Kong, en Chine et au Japon. Si cela avait mis un terme à mes activités sportives, ce long séjour en Asie en revanche avait considérablement développé ma connaissance des arts martiaux. De formation kyokushinkai,je me familiarisais avec diverse styles de boxe Shaolin tout en poursuivant assidûment la pratique du TAI KI KEN (version japonaise du YI QUAN art interne chinois) qui m'avait été enseigné par Maître J.KALLENBACH et SATO sensei. L'initiation à Pékin , en 1984 au TAI JI QUAN compléta ma formation martiale riche alors du double apport chinois et japonais. Je réalisais clairement les liens de filiation entre les disciplines japonaises et les arts chinois. Je comprenais surtout l’évolution logique et naturelle de l'externe vers l'interne. Dans le même temps, la vie des maîtres japonais et chinois était mieux connue mettant en évidence la grande diversité de leurs parcours:experts dans une école externe,ils s'adonnaient également aux arts internes et,inversement,ceux qui maîtrisaient un art interne avaient dans leurs jeunesse pratiquer des boxes externes. Seule cette complémentarité permet de s'entraîner jusqu'à son dernier souffle comme le préconisait Maître FUNAKOSHI.C'est par ailleurs la clé de la bonne forme physique et de l'équilibre psychologique ,dont on parle tant,mais qui sont si difficilement atteignables. Fort de la cohérence de cette vision globale des arts martiaux,j'ai pu mener de front ma quête martiale et mes responsabilités professionnalités,jouissant des bienfaits apportés par la pratique des arts martiaux internes sous le double plan de la santé et du mental.
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